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La Base sous-marine, des fantômes à la renaissance
Photo : Vincent Bengold
6 min de lecture

La Base sous-marine, des fantômes à la renaissance

Elle est l’une des cinq de son espèce en France. Un monument militaire emblématique qui a peu connu la guerre. Et beaucoup plus l’abandon et l’oubli. Retour sur l’histoire de la Base sous-marine à Bordeaux, cet imposant témoin de la guerre qui a retrouvé une nouvelle vocation grâce à la culture.

par Jean-Luc Eluard

publié le 30 septembre 2021

LA BASE SOUS-MARINE EN HISTOIRE

Ce fut longtemps un espace mystérieux, le genre d'endroit où l'on allait en catimini, histoire de se tester lorsqu'on atteignait l'âge nécessaire pour faire des conneries. La Base sous-marine, c'était un no man's land improbable, le témoin imposant d'une guerre qui avait largement épargné Bordeaux. Un truc aussi énorme qu'inutile qui attisait bien des fantasmes... surtout qu'en guise de Base sous-marine, elle n'avait servi que... 20 mois. Un an et demi d'utilisation pour 50 ans d'abandon. En guise d'efficacité allemande, on repassera...

C'est qu'à l'origine, ce sont les Italiens qui sont censés tenir la Base sous-marine et ils le font presqu'aussitôt la défaite française consommée. Dès septembre 1940, une flottille de 32 de leurs sous-marins occupe le bassin à flot n°1, en plein air. Les bassins 1 et 2 existaient avant la guerre et servaient au port de de Bordeaux. Mais les sous-marins italiens, c'est pas le pied : conçus pour la Méditerranée, ils ont un peu de mal à affronter l'océan et à partir du moment où les Allemands arrivent, un an plus tard, il ne reste plus qu'une dizaine d'embarcations italiennes qui serviront essentiellement aux transports. Et là, finies les installations en plein air : on construit en dur, en béton, pour durer.

C'est que le port de Bordeaux est d'une importance stratégique assez évidente : éloigné des côtes britanniques (et donc des attaques anglo-américaines), il peut faire le lien entre l'Atlantique et la Méditerranée. Bordeaux sera donc l'un des cinq verrous maritimes allemands sur la côte ouest. Moins gros que Brest et Lorient, la base est de la même taille que Saint-Nazaire et La Rochelle. Des chiffres imposants cependant : 42 000 m2, 235 mètres de long pour 160 de large, 600 000 m3 de béton. Et tout ça est inauguré le 13 mai 1943, 20 mois avant que les troupes allemandes quittent Bordeaux à la hâte.

l'histoire de la base sous-marine à Bordeaux La Base sous-marine Teddy Verneuil @lezbroz

LE DEVENIR DU BÂTIMENT APRES LA SECONDE GUERRE MONDIALE

Mis à part quelques bombardements alliés qui font quelques fissures dans le toit et surtout une centaine de morts dans les environs immédiats, la Base sous marine de Bordeaux ressort de la guerre « état neuf, jamais servi ». Encore plus cruel pour les quelque 6 500 ouvriers-esclaves qui ont trimé jour et nuit à sa construction dans des conditions épouvantables et dont plusieurs dizaines ont perdu la vie. Aujourd'hui, un mémorial situé au pied de la Base rappelle le destin des 3000 républicains espagnols qui figuraient parmi ces prisonniers de béton et dont 70 sont ont perdu la vie dans ce chantier dantesque, lieu de souffrances, de sacrifices et de résistance.

Bordeaux se retrouve donc avec sur les bras un bâtiment gigantesque (il est toujours le plus grand de la ville après le parc des expositions) dont personne ne veut plus entendre parler pour cause de souvenirs un peu délicats. Si la marine nationale le récupère quelques temps, tant que la guerre n’est pas totalement achevée, c’est ensuite le Port autonome qui en hérite. Un cadeau empoisonné tant pour le port qui ne sait que faire de ce machin qui bloque toute extension que pour le bâtiment lui-même qui tombe dans un oubli seulement relativisé par sa taille imposante.

Comme le Port est privé, impossible d’ouvrir au public. Quant à le détruire… à l’époque, la seule technique de destruction serait de le dynamiter mais outre les quantités astronomiques d’explosifs nécessaires, le risque est grand que les vibrations des murs entièrement uniformes provoquent d’énormes dégâts à la ville elle-même. Bref, le temps passe et la Base reste vide, mis à part quelques entreprises qui s’installent dans certaines des alvéoles qui recevaient les sous-marins.

l'histoire de la base sous-marine à Bordeaux Photo : Alban Gilbert

LA BASE SOUS-MARINE - LIEU ARTISTIQUE

Épisodiquement, quelques artistes investissent les lieux, comme Jean Cayrol, cinéaste (et surtout poète) bordelais très pointu qui y tourne une scène dans « Coup de grâce » dans les années 60. Pour Mathieu Marsan qui a consacré son mémoire d’histoire de l’art à la Base, cette date est importante pour la vocation future du bâtiment qui s'oriente vers une utilisation plus artistique qu'industrielle.

En 1978, pour la première fois, le public peut entrer à l’intérieur à l’occasion du défunt festival Sigma. Et en 1980, une expo du CAPC enfonce encore le clou. On est un peu éloigné de la guerre, la vocation première du lieu n’est plus qu’un filigrane et l’on peut le considérer enfin pour ce qu’il est : « Il s’inscrit dans l’histoire architecturale du 20ème siècle. C’est un trait d’union entre les expériences de l’entre-deux-guerres et l’architecture de la reconstruction avec l’utilisation du préfabriqué, du béton armé et précontraint. Des choses que des architectes comme Le Corbusier avaient déjà expérimenté. » C’est que le mode même de construction est avant-gardiste :
« L’organisation Todt avait tous les modèles de forme déjà prêts. Ça annonce ce qui viendra, l’architecture sur catalogue. »

Il faut quand même du temps pour comprendre tout l’intérêt architectural de la chose. Et aujourd’hui encore, ce n’est pas gagné. Pendant longtemps, on voit surtout les coûts énormes d’entretien d’une coquille vide où les fissures du toit s’élargissent avec la pluie qui fait rouiller les structures métalliques du béton armé. A partir de 1982, lorsque le Port rétrocède l’ensemble des bassins à flot à la mairie de Bordeaux, les projets se multiplient, plus ou moins sérieusement. On évoque un restaurant panoramique sur le toit, un musée de la seconde guerre mondiale… Ce sera un musée de la plaisance qui ouvre ses portes en 1993. Avec un certain succès… dû essentiellement à la curiosité du public qui, pour la première fois, peut visiter librement le bâtiment. Alors évidemment, dans ces conditions d'intérêt un peu équivoques, le musée ferme ses portes en 1997.

Base sous marine - Mairie de Bordeaux Base sous-marine © Mairie de Bordeaux

LA BASE SOUS-MARINE AUJOURD’HUI...

En 1997, la place est libre pour l’art contemporain qui investit la Base sous-marine progressivement à partir de 1999. Et depuis 20 ans, elle creuse ce sillon en multipliant les expositions destinées à populariser la discipline. La Base sous-marine connaît là une deuxième vie, nettement plus pimpante que la première. En attendant peut-être que le bâtiment dans son ensemble finisse par être occupé. Mais ça, c’est une autre histoire.

Aujourd'hui en effet, une partie seulement du bâtiment est accessible au public et comprend :

- un espace d'expositions temporaires, équipement culturel municipal, dédié à la création contemporaine dans l’Annexe. La ville de Bordeaux y développe une programmation artistique résolument tournée vers les formes émergentes et emblématiques de la création contemporaine telle que l’exposition Rhizomes présentant en 2021 les créations de 15 artistes du continent africain.

- un espace dédié aux Bassins de Lumières, centre d'art numérique installé dans les alvéoles 1 à 4 et confié par Délégation de service public à la Société Culturespaces. Il présente des expositions numériques immersives monumentales dédiées aux grands artistes de l'Histoire de l'art et à la création contemporaine, telles que "Gustav Klimt, d’or et de couleurs" en 2020 puis "Monet, Renoir... Chagal, Voyages en Méditerranée" en 2021.

- restent enfin les alvéoles 5 à 11 ainsi que le toit de la base sous-marine, toujours non aménagés, et qui font désormais l’objet d’un appel à projets de la part de la mairie de Bordeaux pour en diversifier l'usage.

bassins de lumières Public Bassins de Lumières

Interrogé dernièrement sur l’avenir de ces espaces vacants, l’élu bordelais Laurent Guillemin, adjoint au maire de Bordeaux en charge de la sobriété dans la gestion des ressources naturelles, évoquait cependant la nécessité préalable de réaliser des diagnostics sur l’état des installations actuelles. Probablement, sera-t-il effectivement besoin de dépolluer le sol, et de vérifier la solidité du béton laissant, aujourd’hui, ruisseler quelques fuites d’eau de pluie, avant de pouvoir livrer le lieu à des porteurs de projets aux idées variées.

Ont en effet été évoqués l’accueil de start-ups spécialisées dans le thème de la mobilité dans l’alvéole 11, l’installation de petites éoliennes et de panneaux photovoltaïques sur le toit pour une production d’électricité, accompagnés peut-être d’une petite ferme agricole, de la restauration ou du sport.

En résumé, l’histoire de la base sous-marine est loin de s’achever et se trouve au contraire à l’orée d’une nouvelle ère visant à revisiter et à mettre en lumières l'édifice.

Toits de la base sous marine © Claude Petit / Sud Ouest

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