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Art de vivre Rencontre

Regards croisés sur Bacalan

S’il y a bien un quartier de Bordeaux qui a connu la plus forte évolution ces dernières années, tant du point de vue de son urbanisation que de sa démographie, c’est bien celui de Bacalan et des Bassins à flots. Regard prospectif sur ces mutations en compagnie de deux de ses riverains : Benoît Guerinault, directeur de l’emblématique I.Boat, Norbert Fradin, créateur et promoteur du Musée Mer Marine qui vient d’ouvrir ses portes cet été.

par Anna Maisonneuve

le 12/08/2019

Entretien avec Norbert Fradin

Géographiquement, le quartier de Bacalan se rattache à quel périmètre?

De la Cité du Vin, c’est-à-dire de la partie nord de ce qu’on appelle aujourd’hui les bassins à flot jusqu’au pont d’Aquitaine. Est-ce qu’on doit le limiter à cette zone qui s’appelle maintenant Bordeaux Maritime ? En tout cas, c’est un vrai quartier traditionnel et intéressant parce que ça a été l’âme du port pendant plus d’un siècle, du 19e jusqu’à la fin du 20e siècle.

Historiquement, c’est l’extension du Port de la Lune, qui partait de la gare, presque de Bègles pour suivre cette ligne ininterrompue de quais avec ces hangars, pour la plupart aujourd’hui détruits, pour s’étendre tout autour des bassins et de ces deux formes de radoub.

Photo : Q. Salinier

Vous dissociez le quartier de Bacalan des bassins à flot ?

Il y a une quinzaine d’années, quand j’ai acheté l’ancien site de Pétromer, c’était une friche romantique, quelque chose de tout à fait étonnant.

Le quartier de Bacalan, lui, a toujours continué de vivre, même si de manière un peu différente. Je pense que les Bacalanais sont vraiment attachés à cette histoire du quartier. Je le ressens depuis que le Musée Mer Marine a ouvert ses portes.

 

 

 

Photo : Alban Gilbert

On voit beaucoup d’habitants de Bacalan venir avec l’envie que l’histoire de leur quartier soit portée, reconnue, parce que c’est l’histoire d’un quartier complètement dédié à la mer, à la marine et aux activités du port au sens large. En cela, c’est un quartier très intéressant pour moi.

 

 

 

Bacalan et Bassins à flot Photo : Mélanie Tammeveski

Finalement, le musée n’aurait pas pu être ailleurs que là ?

Effectivement, il a toute son évidence dans ce quartier emblématique du port de Bordeaux. Après il y a bien sûr toute la nouvelle population. Mais je pense qu’il peut y avoir une vraie entente entre les anciens et les nouveaux bacalanais. C’est d’ailleurs le vrai intérêt d’une ville qui change et qui est en évolution : le fait que des riverains d’origines et d’éducations différentes puissent vivre au même endroit et trouver à terme un intérêt commun.

Photo : Michel Dubau

D’où l’importance de lieux comme la Cité du Vin, la Base sous-marine, le musée de la Mer Marine mais aussi des Vivres de l’Art…. et je pense que ça ne va pas s’arrêter là.

Il y a un avenir multiple pour ce quartier : d’habitants, de sociétés qui s’installent, de bureaux, de commerces, de lieux culturels, de lieux de passages que sont les hôtels. Pour moi, c’est en train de devenir l’un des cœurs de Bordeaux.

 

 

Photo : Vincent Bengold

Entretien avec Benoît Guerinault

Votre premier souvenir du quartier Bacalan ?

C’était il y a une trentaine d’années. J’étais ado. Avec mes copains, on se faisait des missions en mobylettes pour explorer les coins à l’abandon. Pour nous, c’était l’aventure, un peu comme aller rive droite dans les ruines de cette parcelle improbable qui n’était pas encore Darwin. Après, je suis parti de Bordeaux. À mon retour, en 2011, avec le projet de l’I.Boat, les quais avaient été refaits, mais Bacalan, c’était encore une zone de friches industrielles et portuaires.

Photo : Elodie Nelson

En quelques années, le quartier s’est beaucoup transformé. Comment l’avez-vous vécu ?

Quand on est arrivés, il n’y avait rien et on subissait. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de choses et on le subit encore un peu. Tout s’est construit autour de nous sans avoir pris en considération le fait qu’on était là. C’est quelque chose de très curieux… Après, ça fait 4 ans qu’on travaille avec l’urbaniste du quartier, l’Atelier des Bassins à flot, le collectif de riverains… Car depuis qu’on a l’ambition de développer le projet du bateau, on suit les projets de très près et on est très impliqués.

© Iboat

Des rencontres ont lieu très régulièrement sur ce que devient le quartier indépendamment de nous et sur ce que notre projet apporte à la vie de quartier. Il y a une vraie concertation.

On veut œuvrer en bonne intelligence avec les habitants, les institutions et les promoteurs. On mène un travail de médiation et de sensibilisation pour comprendre les problèmes que peuvent engendrer le fait d’être un lieu de culture et un lieu de nuit pour adapter nos projets en fonction.

© Iboat

À quoi va ressembler cette portion de Bordeaux ?

Travailler sur ce territoire, c’est quelque chose d’assez excitant. Le quartier bouge beaucoup. Entre l’arrivée d’un espace sportif sur le modèle de celui des quais à Saint-Michel, l’implantation de la société Culturespaces à la base sous-marine, le multiplexe UGC,… c’est sûr, ce ne sera pas un quartier dortoir.

La vie ne s’arrêtera pas à 20 heures. Après, qu’est-ce que ça va donner réellement ? Je ne sais pas. On se donne un peu de temps pour voir.

Bacalan vu depuis le radisson Blue photo : Artiste Associé Photographe

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