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Talisco : « Je suis fier de pouvoir dire que j’ai grandi à Bordeaux »
Talisco chanteur Bordeaux Picto info
photo : Yann Orhan
4 min de lecture

Talisco : « Je suis fier de pouvoir dire que j’ai grandi à Bordeaux »

Révélation pop de l’année 2014 avec ses deux titres « Your Wish » et « The Keys » dont vous avez forcément la mélodie greffée au creux de l’oreille, Jérôme Amandi, alias Talisco, est d’abord enfant de Bordeaux. S’il vit à Paris, s’il a beaucoup voyagé, si ses influences le portent toujours vers le lointain, si son dernier album « Capitol Vision » est né d’un long séjour à Los Angeles, il n’a pas oublié ses premières guitares, ni le disquaire de la Victoire qui lui faisait découvrir de nouveaux sons… Rencontre entre totale modernité et douce nostalgie.

 

par Méline Engerbeau

publié le

modifié le 20 décembre 2017

Bonjour Jérôme Amandi, vous êtes né à Bordeaux et c’est la première raison de notre entretien ! Quels liens conservez-vous aujourd’hui avec la ville ?

Ça fait des années que j’en suis parti et la ville a tellement changé que j’ai l’impression aujourd’hui de mal connaître Bordeaux… J’y ai toute ma famille, plein d’amis, j’y reviens au moins tous les deux mois, et je retourne toujours aux mêmes endroits, ceux que j’aime et où j’ai grandi : Saint Pierre et surtout Saint Paul… Mais  je ne les reconnais plus. Quand j’étais gosse c’était très différent, il y avait quelque chose de moyenâgeux dans le quartier Saint Paul, des rues très sombres, pas rassurantes ; ça avait un certain charme qui a disparu. J’ai quitté Bordeaux à la fin de mes études, vers 25, 26 ans. Quand je me retourne je vois une ville différente de celle que j’ai connue, mais elle est devenue tellement attractive que je me sens fier de pouvoir dire que j’y ai grandi.

Bordeaux a la réputation d’être un creuset fertile de la scène indépendante rock, comment s’est passé votre formation musicale, quelles influences y avez-vous croisées ?

Ma fiche Wikipedia raconte que je suis passé par le conservatoire, et c’est parfaitement faux ! Comme un tas de gosses j’allais à l’école de musique du quartier, avec un prof de guitare, un prof de solfège… J’ai démarré avec ma première guitare folk vers 10 ou 11 ans, puis électrique vers 13 ans, et créé mon premier groupe… Mais j’ai surtout écouté des vinyles, beaucoup, tout le temps. J’ai l’impression de devoir davantage à l’écoute qu’à la formation instrumentale. J’allais très régulièrement écouter et fouiner chez les disquaires qui me faisaient découvrir des choses, des imports. Je me souviens d’avoir passé un temps fou chez Total Heaven, près de la Victoire.

photo : Yann Orhan

Et les lieux de concerts, la scène indépendante ?

Quand j’ai commencé à sortir, au tournant des années 2000, des lieux mythiques comme le Jimmy avaient déjà fermé… Mais oui j’avais toujours Club&Concerts en poche et j’allais voir des concerts... Je me souviens par exemple d’un excellent groupe de noise pop influencé par la vague américaine et Sonic Youth, j’ai leur nom sur le bout de la langue ( ndlr : après recherches il pourrait bien s’agir de Hot Garden !). Il y avait une vraie effervescence, Noir Désir était au top de la gloire, Bordeaux avait vraiment ce côté rock, alternatif, qui a dû marquer mon inconscient, mais ça n’a pas vampirisé mes influences… J’ai toujours bidouillé de mon côté, avec ma guitare, des influences de partout.

Et quand vous revenez chanter à Bordeaux, comme au Krakatoa en février 2017, vous êtes accueilli comme un enfant du pays ?

Par ceux qui savent, oui ! L’ambiance est différente, mes amis sont dans la salle… Le Krakatoa, c’est une salle mythique pour moi, j’y ai vu David Bowie, et le concert le plus fou de ma vie, celui de 16 Horsepower où Bertrand Cantat était invité… Il a été incroyable. Ce concert, il s’en souvient certainement et moi je ne l’oublierai jamais. C’est la voix la plus impressionnante que j’aie entendue… Il m’a bousculé, sa personne, sa capacité à interpréter, ce grain, aussi bien sur le plan de la sensibilité que de la technique… Il suffit d’écouter « Twilight Zone ». Pour moi ça a tout changé, j’ai entendu ça et je me suis dit « OK, il est pas d’ici ». A la fois j’ai énormément d’admiration pour lui et je suis tristement touché par son personnage, comme un tas de gens… Quand je l’ai croisé à Bordeaux, il vivait sa vie, j’ai jamais osé l’aborder, je voulais pas l’ennuyer... C’est en vous parlant que je me rends compte à quel point je suis fan. Ce concert a marqué ma vie.

photo : Yann Orhan

Seriez-vous un peu nostalgique et chauvin, finalement ?

Je suis hyper nostalgique, mais j’ai d’abord le goût des choses de maintenant, j’aime voyager, être à l’écoute, dans le mouvement, dans la création, l’art est le reflet des phénomènes de société… J’écoute de la musique tout le temps, des trucs très variés, je peux faire une fixette sur un album, et puis ça passe et je ne reviens pas dessus... C’est notre époque qui m’intéresse. Ce que j’aime à Bordeaux, c’est son réveil, son éveil. C’est maintenant une ville en veille, qui écoute, qui attire l’art, la création, tout en ayant ce passé magnifique, très présent, avec des lieux très anciens… On flirte entre le très vieux et l’hyper moderne. Et chauvin, pas du tout… Enfin sauf pour le vin : là on rigole plus, rien ne vaut les rouges de Graves, les terroirs de Pessac. Là dessus je ne fais aucun compromis !

Votre  soirée à Bordeaux ?

Boire un verre à La Comtesse, 25 rue du Parlement Saint Pierre : « même si ça a changé, ça reste La Comtesse… »

Dîner au bistrot corse A Cantina, 14 rue des Bahutiers : « j’adore ! on y dîne vraiment bien, c’est sincère, ils se moquent pas du monde ! »

Finir la soirée au pub The Houses of Parliament,  11 rue du Parlement Sainte Catherine : « pour les souvenirs de jeunesse… ».

photo : Pierre Planchenault

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