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Trois collectifs féminins qui font bouger les lignes à Bordeaux
© La Chatonnerie
7 min de lecture

Trois collectifs féminins qui font bouger les lignes à Bordeaux

De la fête libre et solaire de « Meufs Mortelles » aux événements inclusifs de « La Chatonnerie », en passant par l’engagement culturel de « Medusyne », ces initiatives féminines redessinent les contours de la nuit, de la musique et du vivre-ensemble. Plus que des rendez-vous festifs, elles incarnent une nouvelle génération de projets où sororité, visibilité et sécurité ne sont pas des options, mais des fondations. Coup de projecteur sur trois collectifs bordelais qui font vibrer la ville autrement !

Myriam La Selve

par Myriam La Selve

publié le 05 mars 2026

Meufs Mortelles -  Faire la fête autrement, librement, intensément

Fondé avec passion et conviction par Marine et Yasmine, le collectif est né d’une ambition simple mais puissante : créer un espace où les femmes, les messieurs et toutes les identités peuvent danser librement, sans pression ni jugement, dans une ambiance festive et profondément bienveillante.

Dès leur première soirée au Lieu Chéri, 300 personnes ont répondu présentes. Un signal fort. Depuis, tous les deux mois, le collectif investit différents lieux bordelais avec, à chaque événement, un univers différent (danse, make-up, scénographie immersive) mais une même promesse : authenticité, liberté et sécurité.

La magie "Meufs Mortelles" opère dès 20h. Pas besoin d’attendre minuit. Pas besoin de boire pour oser. On arrive, on danse, on kiffe. L’énergie est brute, contagieuse, solaire. Ici, pas de codes figés, pas de regard pesant, pas de compétition silencieuse. Juste des corps qui vibrent, des sourires sincères, une sororité palpable et une mixité qui cohabite en parfaite symbiose.

Soirée collectif femmes Meufs Mortelles ©MathildeCotto

3 questions à Yasmine & Marine

Vous dites que "Meufs Mortelles" est la preuve qu’on peut faire la fête autrement. Qu’est-ce qui, selon vous, ne fonctionnait plus dans les codes classiques des soirées ?

On avait envie de casser cette idée qu’il faut attendre minuit pour que l’ambiance démarre, qu’il faut boire pour se lâcher, ou qu’il faut rentrer dans certains codes pour être accepté. Dans beaucoup de soirées, il y a une pression invisible sur le corps, sur l’image, sur la séduction. Nous, on voulait un cadre bienveillant, où l’on se sent rassuré, en sécurité, libre d’être soi. On danse dès les premières minutes, sans jugement.

Vos parcours sont très différents (Martinique, Maroc, Barcelone, Cuba…). Comment vos histoires nourrissent-elles l’ADN de "Meufs Mortelles" ?

Marine a grandi en Martinique, bercée par les rythmes insulaires, la fête et la chaleur humaine. Juriste de formation, conseillère patrimoniale le jour et prof de reggaeton le soir, elle incarne la transmission et l’énergie pure.
Yasmine, franco-marocaine, communicante et entrepreneuse, a développé son sens de l’événementiel à Barcelone avant d’accompagner aujourd’hui des femmes en stratégie digitale. Nos cultures et nos voyages nous ont donné le goût des musiques urbaines, des sons chauds et puissants. On aime l’idée qu’on puisse danser collé-serré sans sexualiser nos corps. Nos histoires sont métissées, ouvertes, vibrantes, tout comme nos soirées.

Comment votre concept a-t-il évolué depuis votre première soirée en 2023 ?

Au départ, nous étions deux avec beaucoup d’idées et une énorme envie de créer. Aujourd’hui, le collectif compte plus de 15 bénévoles engagés à nos côtés. Les soirées ont grandi, les univers se sont enrichis, la communauté aussi.

Nous voulons désormais aller plus loin en développant "Meufs Mortelles" à Toulouse et Paris, et reverser une partie des bénéfices à des associations qui œuvrent pour la protection des femmes. Ce qui n’a pas changé, en revanche, c’est notre intention première qui est de créer un espace de liberté où chacun peut oser être soi, pleinement !

Collectif Féminin à Bordeaux ©Mathilde Cotto

La Chatonnerie pour tisser des liens, créer des espaces et célébrer chaque identité

Impulsée par « des filles* qui aiment les filles* » et leurs allié·es, « La Chatonnerie » est née à Bordeaux en 2022 d’un désir simple mais essentiel, celui de créer des espaces qui rassemblent les femmes queer, les personnes trans, nonbinaires et leurs ami·es de la communauté LGTBQIA+ et allié·es peuvent se retrouver, se reconnaître et célébrer leurs identités en toute sécurité.

Fondée par Marie, Mathilde, Lorie et Clémence, l’association s’est rapidement imposée comme un point de ralliement pour la communauté LGBTQIA+ bordelaise. À travers des événements festifs, culturels et intergénérationnels, « La Chatonnerie » souhaite construire des passerelles entre les publics, les générations et les milieux. Ici, on danse, on débat, on rit, on apprend, toujours dans une ambiance bienveillante, encadrée par une charte qui prône ouverture, respect, consentement et solidarité.

Plus qu’un collectif festif, « La Chatonnerie » revendique une devise claire : célébrer la diversité et la bienveillance. À chaque événement, une “safe team” veille d’ailleurs à garantir un environnement respectueux, où chacun·e peut être soi-même, librement.

Collectif féminin Bordeaux ©AnaisLemasson

3 questions à Clémence

En 2022, qu’est-ce qui vous a fait sentir qu’il manquait quelque chose à Bordeaux pour les femmes queer et les personnes trans et non binaires ?

Clémence explique que le déclic est venu d’un constat. Comparée à Paris, Bordeaux comptait peu d’initiatives dédiées spécifiquement aux femmes queer et aux personnes trans et nonbinaires. Il existait des lieux LGBTQIA+, mais peu d’espaces réellement pensés pour fédérer ces publics dans une dynamique inclusive et féministe. « La Chatonnerie » s’est alors positionnée comme une passerelle, pour créer des ponts entre les différents milieux, rassembler sans cloisonner, et proposer des événements où l’on peut aimer, rire, discuter et simplement être ensemble. L’idée n’était pas seulement d’organiser des soirées, mais de combler un vide relationnel et symbolique.

Quels types d’événements proposez-vous et comment se distinguent-ils ?

Depuis son premier événement en 2022, « La Chatonnerie » organise un rendez-vous tous les trois à quatre mois, réunissant parfois jusqu’à 700 personnes. La programmation est volontairement plurielle :

  • Soirées festives dans différents lieux bordelais
  • “Club Chaton” à la Guinguette Chez Alriq, pour les parents et leurs enfants en partenariat avec la Maison Transdisciplinaire Queer oFantasme.
  • Après-midis culturelles suivies de soirées aux Vivres de l’Art
  • Formats stand-up avec des humoristes engagées
  • Collaborations régulières avec des associations comme notamment Le Girofard, l'Espace QG, le WOW Festival, le collectif dur.es à queer, La Bordelle ou Jeune & Rose.

A savoir que chaque événement intègre une dimension de sensibilisation comme une bibliothèque éphémère proposant des ouvrages queer ou autour du genre via l'Espace QG, des actions de prévention et/ou sensibilisation, des discussions ouvertes… Le tout proposé sytématiquement à un tarif solidaire (3 à 5 euros) afin de garantir l’accessibilité. Ce qui distingue « La Chatonnerie », c’est cette combinaison entre fête, transmission et engagement communautaire, dans un cadre intergénérationnel et inclusif.

Quel impact souhaitez-vous avoir sur la communauté LGBTQIA+ bordelaise dans les années à venir ?

Pour "La Chatonnerie", l’engagement dépasse le cadre festif. À l’approche des 30 ans de la Marche des Fiertés à Bordeaux, le collectif rappelle que la Pride reste avant tout un acte politique. Lors de la dernière édition, il signait d’ailleurs l’un de ses projets les plus engagés avec RED.OUT.ABLE : « Un char. Un cri. Une scène. Une famille choisie. » Une manière d’affirmer que derrière les paillettes, la Marche est un moment de visibilité et de revendication des droits.

Dans les années à venir, "La Chatonnerie" souhaite se concentrer sur des formats plus intimistes, favorisant ainsi les espaces de parole tout en continueant à renforcer les liens au sein d’une communauté inclusive et solidaire, dans la rue comme dans la fête.

Fondateurs collectif féminin la cHatonnerie Bordeaux Clémence, Mathilde, Marie et Lorie - Membres Fondateurs ©AnaisLemasson

Medusyne, acteur clé d’une culture inclusive à Bordeaux

À Bordeaux, le collectif "Medusyne" fait bouger les lignes d’une scène musicale encore largement dominée par des profils masculins. L’idée naît en 2018 dans l’esprit de Morgane Lebouteux, à la suite d’un voyage en Angleterre où elle prend pleinement conscience de la place accordée aux femmes et aux minorités dans la culture urbaine. De retour en France, le contraste est frappant. Derrière les platines comme en régie, la sous-représentation est manifeste. Plutôt que de se contenter de dénoncer ce déséquilibre, elle décide d’agir et fonde "Medusyne".

Aujourd’hui, le collectif réunit dix membres actifs, dont deux salariées, et fédère plus de 350 adhérent·es. Programmations engagées, ateliers de transmission, accompagnement d’artistes émergent·es... "Medusyne" s’attache à créer des espaces où la diversité n’est pas une exception, mais une évidence.

Collectif Medusyne Bordeaux ©K kyato

3 questions à Xuan-Lan et Emma

Comment Medusyne contribue-t-il à une plus grande égalité et diversité dans la scène musicale et culturelle bordelaise ?

Nous agissons sur plusieurs leviers complémentaires. D’abord à travers la programmation et la production d’événements qui mettent en lumière des artistes femmes et issu·es de minorités. Mais aussi via l’accompagnement professionnel d’artistes émergent·es et un important travail de médiation culturelle. Nous intervenons notamment dans des collèges et lycées avec des ateliers de sensibilisation aux discriminations sexistes et racistes. Concrètement, cela se traduit aussi par des résidences dans différents lieux bordelais comme le Pulp, la Caserne B ou le Toucan Fringan, des “open platines”, des cours mensuels de DJ et de danse dans nos locaux rue du Port, ou encore des visites culturelles engagées avec la guide Julie Perez (Bordeaux Detours).
Parmi nos temps forts, il y a également “Matrimoine”, un événement que nous organisons dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine et du Matrimoine, pour remettre en lumière des figures féminines souvent invisibilisées.

Quelles sont les valeurs du collectif et comment se traduisent-elles dans vos événements ?

Nos valeurs reposent sur l’inclusivité, la bienveillance et la représentation des minorités. Pour nous, la culture et la fête sont des leviers sociaux puissants, elles permettent de créer du lien et de célébrer la diversité des expressions artistiques.

Nous ne programmons pas des artistes uniquement parce qu’elles ou ils représentent une catégorie démographique, mais avant tout pour leur talent et leur créativité. L’objectif est d’offrir des espaces sécurisés et bienveillants, où chacun·e peut s’exprimer librement, sans pression ni discrimination.

Quels sont les projets et perspectives pour l’avenir du collectif Medusyne ?

Depuis 2018, nous avons accompagné une dizaine d’artistes vers la professionnalisation, notamment vers le statut d’intermittent·e. Sopycal en est un bel exemple. Nous l’avons soutenue sur ses premières dates à Bordeaux, nous l’avons vu évoluer, et aujourd’hui elle remplit des salles parisiennes et est signée sur le label Ovastand.

Notre ambition est de continuer dans cette voie en devenant à la fois une référence en matière de booking d’artistes issu·es de minorités sur les grands festivals, et une structure ressource pour celles et ceux qui souhaitent se professionnaliser.

Collectif Feminin Bordeaux Medusyne @Rahitit Chapoo

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