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Les heureuses chartreuses de la métropole bordelaise

Quand Bordeaux était vénitienne…

C’est une plongée dans un style de vie, celui de l’aristocratie qui allait passer la belle saison à quelques encablures de Bordeaux. Des milliers de chartreuses ont été construites pour cela de la fin du 17e au début du 19e siècle. Il en reste assez pour de longues visites.

par Jean-Luc Eluard

le 14/02/2018

Il y a quelque chose de Venise à Bordeaux. Un art de vivre qui a créé une architecture typique, qui marque le territoire. Au 16e siècle, les riches Vénitiens aimaient à quitter la ville surchauffée et ses puanteurs estivales et se firent construire des centaines de demeures de plaisance dans la campagne alentours. Ce fut une effervescence de demeures « palladiennes », du nom d’Andrea Palladio, l’architecte favori de la noblesse marchande de la Sérénissime.

photo : Sara Soulignac

Quitter la ville l'été

A Bordeaux aussi, l'été était étouffant et pouvait être pestilentiel. Alors les riches Bordelais du 17e siècle commencèrent à migrer de la même manière, exode vacancier avant l'heure qui connut son apogée au siècle suivant.

Ainsi naquirent les « chartreuses » dont Bruno Beurrier donne une définition susceptible de déclinaisons variables : « Un bâtiment rectangulaire et allongé à un seul niveau ».

Le guide touristique proscrit le terme de « longère » même si on y pense forcément. Mais pour lui, la fausse sobriété de la chartreuse cache tout autre chose, même si elle s'inspire du « bourdieu », l'exploitation agricole de l'époque.

« Bordeaux est la ville d'Europe, avec Saint-Pétersbourg, qui compte le plus de bâtiments du 18e siècle. Mais il n'y a pas que dans la ville que cette architecture s'est imposée. Et quand je pense à un mot pour la définir... élégance. »

On est loin de l'agriculture dans ces petites merveilles de sobriété, à l'intérieur aux tons pastels qui sont alors en vogue, aux décors qui évoquent l'amour, la chasse, la musique... Et surtout, on se plonge dans un art de vivre typiquement bordelais :

« Lorsque j'ai réfléchi à un patrimoine commun à toute la métropole, c'est la première chose à laquelle j'ai pensé. »

photo : Sara Soulignac

La nature en ordre

L'effervescence des chartreuses est liée tout à la fois à la situation de la ville et à sa richesse de l'époque qui pousse les plus riches, et ils sont nombreux, à s'exiler de mai jusqu'à la période des vendanges. Car au delà de l'aspect « résidence secondaire », elles sont aussi des exploitations agricoles.

Les aristocrates et bourgeois bordelais ont tous plus ou moins un pied dans l'agriculture, essentiellement le vin et, de leur chartreuse, ils peuvent surveiller les travaux agricoles. Jean-Jacques Rousseau n'est pas loin et le retour à la nature commence à faire florès, même si on est loin d'une communauté dans le Larzac... Car c'est ici que l'on reçoit aussi, pendant la belle saison, dans ces salons largement ouverts sur des jardins travaillés au cordeau. On aime la nature, certes, mais encore faut-il qu'elle soit bien peignée...

photo : Sara Soulignac

Colonnes, pavillons et autres maquillages

Peu à peu, le style évolue : on ajoute des colonnes pour faire antique au milieu du 18e siècle, on adjoint des pavillons sur les côtés. Certaines ont l'air d'être ornées d'un étage mais c'est uniquement parce que les soubassements sont rehaussés, permettant d'adjoindre une vaste terrasse en haut de l'escalier qui mène à l'entrée... bref, la chartreuse se décline mais garde son prestige et c'est toute cette variété que Bruno Beurrier fait visiter, par thématique autant que par unité géographique.

Le circuit « Belles demeures de campagne » s'étale à Bègles, Villenave d'Ornon, Gradignan et Talence. Car oui, c'était alors la campagne et le visiteur s'étonne à la maison du Dorat à Bègles, de voir ce lieu cerné d'immeubles bétonnés à notre époque. « J'espère aussi faire un peu œuvre de sauvegarde » souligne le guide. Car la profusion de ces demeures les a desservi au cours du 20e siècle.

Dans le circuit « Chartreuses et Maisons du coteau », on visite le Château de Mireport, littéralement coincé au milieu de la cité Carriet. Palmer est plus connu, Beauval aussi : ils ont gardé un brin de verdure autour qui les resitue dans leur passé.

Un troisième circuit, « Le bord de l'eau » retranscrit une part aussi de cet art de vivre tombé en désuétude avec la possibilité de fuir encore plus loin quand on avait les moyens : on prenait le bateau pour se rendre dans sa chartreuse, évitant ainsi la foule sur les routes. Et pour le coup, on renouait plus encore avec les inspirateurs vénitiens.

LES VISITES SONT ACTUELLEMENT INDISPONIBLES
Le site de Bruno Beurrier : B comme... Bordeaux.

photo : Sara Soulignac

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